• Christine / Chris TAAL

Syndrôme d'Asperger et maltraitance

Mis à jour : 31 janv. 2019


Pourquoi les personnes nées avec le syndrome Asperger sont-elles amenées à vivre plus de maltraitance dans leur vie que les neurotypiques?


Une question de repères




Candides

Les personnes dîtes "asperger" sont des êtres délicats, extrêmement sensibles, candides, d'une candeur sans limite. Ils n'ont pas de repères, ni spatiaux, ni temporels, ni de la cruauté humaine. Ils ne connaissent pas, ils ne peuvent donc pas la voir venir, la reconnaitre, ni s'en prémunir.

Je dirais même, de mon expérience, que nous restons sidérées, de la manière dont les "autres" peuvent interpréter nos actes en fonction de leurs façons de penser, parfois, bien éloignée de la notre.

Portés par l'amour

Les autistes asperger sont des êtres portés par l'amour, ils n'imaginent pas que cela puisse être autrement.

Je me souviens que ma mère me disait souvent enfant :

"Oh ma pauvre, toi, tu crois que les autres sont comme toi"

Et oui je le croyais... Et je tombe encore souvent des nues.

Sidérée par la différence de repères, d'interprétation, de perception que l'on peut faire de mes intentions.

Ce que les autres me disent me parlent d’eux.

Maintenant, je le sais.



Poussières d'étoiles

Nous, les Asperger sommes des êtres de lumière. Nés pour aimer et l'apprendre aux autres, nous sommes issus des étoiles. Comme nous tous, vous allez me dire... certains s'en sont éloignés, je vous répondrais. Poussières d'étoiles. C'est pourquoi, à mon avis, nous n'avons pas les repères spatiaux temporels, tant de maladresses dans nos gestes, et nos manières d'exécuter des tâches qui vous paraitront à vous, basiques. Tant d’approximations dans nos mouvements, de difficultés pour mettre en place les choses de la vie quotidienne.



Après, une fois mis en place, comme nous sommes très répétitifs et constants, nous arrivons à nous organiser mais faut pas trop venir déranger notre « système » quand il fonctionne. Nous sommes hyper résistants aux changements. Cela nous déstabilise complètement, nous chamboule à un point qui vous paraitra certainement excessif.

Oui en fait, nous le sommes, excessifs.


Ce qui parait simple pour vous, est très compliqué pour nous.

Et génère beaucoup de stress. Une hyper anxiété.

Pour ma part, cela se traduit par une difficulté à organiser les choses pratiques, matérielles de la vie de tous les jours, la logistique comme on l'appelle, me demande un effort surhumain (ce qui rejoint le défaut de repères spatio-temporel d'ailleurs puisqu'il s'agit d'une difficulté à organiser, à coordonner dans l'espace)



Des sens hors normes

En revanche, notre méga hypra sensibilité extrême nous permet de "capter" les informations que les "autres" ne voient même pas. Nous sentons les choses. Nous sommes presque "animal". Nous avons un « scanner intégré » comme on me dit souvent… Nous avons un sens plus développé pour percevoir. Et une capacité de déduction hors norme. Ce qui fait de nous ce qu'on appelle des "génies". Nous n'avons pas de repères de ce qui se fait ou ne se fait pas, ce qui d'ailleurs fait que nous sommes parfois maladroits en société.


Pour nous, tout est possible et nous ne jugeons pas puisque nous n'avons pas de limites, de frontières du possible.



Un problème de reconnaissance

En revanche, la contrepartie de cela, c'est que nous ne voyons pas quand les autres nous traitent mal. D'autant que nous sommes habitués depuis tout petits à cela, y compris dans notre sphère familiale qui ne nous reconnait pas. Mon père m'a toujours dit : "mais d'où elle sort celle-là?" On se moque de nous, on nous manipule du fait de notre grande naïveté, on vient appuyer sur notre "fragilité" apparente, notre sensibilité, notre candeur, etc. ... Sans parler de ceux qui en abusent.


Nous ne savons pas dire "non", ni nous positionner (puisque nous n'avons pas les repères pour cela).

Il nous faut l’apprendre



Caméléons

On nous explique comment il faut que l’on soit.

Et nous, on essaye de s’y conformer. Nous sommes pour la plupart de véritables « caméléons » pour pouvoir vivre en société. Tant bien que mal, jusqu’à que cette déformation nous mène soit à la dépression, soit à l’hôpital psychiatrique voire encore à la folie ou à la mort.



Une dépression chronique

Le système médical classique nous range dans des catégories telles que la bipolarité, les obsessionnels compulsifs, etc. …

Le syndrôme d'Asperger est largement méconnu du système médical actuel. (Les médecins ont 2 heures sur le sujet sur toutes leurs années d’études)


Je propose à tout le corps médical d’organiser des conférences. Je viendrais témoigner.



Suradaptation

Personnellement, j’ai réussi à me conformer (mais à quel prix..) jusqu’à l’âge de 39 ans. Age où j’ai explosé en vol à force de me sur-adapter.

On appelle ça un « burn-out ».

En réalité, il s’agit d’un épuisement à force de se suradaptation.

Ce n’est que maintenant que je mets des mots sur mon vécu, je commence à témoigner.



Trouver le repère de ce qui est « juste »

Nous intégrons donc la maltraitance comme une "norme" et adultes, la vie va nous la servir sur le chemin jusqu'à ce que nous la reconnaissions, que nous ajustions notre repère de ce qui est respectable et respectueux pour nous. Et cela, dans tous les domaines : professionnels, amoureux, en société, etc. …


Alors, et seulement alors, nous aurons acquis confiance, légitimité, acceptation de notre « particularité » qui est finalement un « don » à condition de le reconnaitre* et de savoir l’utiliser et se respecter.


(*S’agissant de le reconnaitre, pour vous donner un ordre d’idée, j’ai fait une demande de diagnostic auprès du CRA, le centre de recherche autistique de Toulouse en 2016, et normalement, je devrais avoir un rendez-vous cette année, en 2019… C’est vous dire si le phénomène est large et répandu bien que, encore méconnu. )



Se reconnaitre avant tout

Ainsi, donc quand nous aurons parcouru ce chemin de reconnaissance de nous-mêmes, avec tout ce que cela implique de souffrances et de déchirements au passage (pour ceux qui doutaient de l’intérêt de faire reconnaitre ce syndrôme, en voici donc les raisons) nous pourrons contribuer au monde avec ce que nous sommes profondément, avec notre essence première : notre capacité d'aimer hors-norme et notre humanité.



Nous sommes des professeurs d’humanité

Nos savoirs sont innés

Nous ne passons pas par la tête, ce qui explique d'ailleurs que je n'arrive pas à lire et que les raisonnements intellectuels des adultes me font mal, physiquement, à la tête. J’ai l'impression d’être un enfant de 10/11 ans approximativement et il convient de s’adresser à moi avec un langage « entendable » à cet âge-là.

Je ne sais pas ce qu’il en est pour les autres « asperger ».

Un domaine de prédilection

Personnellement, je pense que c'est aussi grâce à cela que j'écris sans avoir de connaissances acquises par la lecture ou l'apprentissage. On appelle ça communément un « don ». D'autres parents d'enfants « asperger » me parlent de talents innés chez leurs enfants. Ce sont des êtres passionnés. Exclusifs.

Intéressés par UN domaine en général, un domaine de prédilection.


Ils doivent apprendre à se faire confiance pour l’exprimer au monde.


Nous avons une manière d'apprendre différente. Nous sommes "connectés" à quelque chose de plus grand et nous "recevons directement". Encore là, nous sommes décalés de ce monde où tout est justifié par l'apprentissage, l'acquisition par formation et reconnaissance par diplôme.


Nous, c'est inné et limité, à un seul domaine.



Hyperconcentrés

Un peu obsessionnels sur les bords, nous avons en contrepartie, l'avantage d'être méga "focused", c'est à dire très concentrés sur ce que nous faisons et qui fait de nous des êtres de talents. En revanche, comme nous n'avons pas de limite, nous frôlons souvent le surmenage, car si nous allons très vite, nous devons par contre, nous arrêter souvent et avec de très grandes périodes de repos, pour récupérer de l'intensité avec laquelle nous vivons.

A notre rythme

Nous ne pouvons pas vivre au même rythme que les « autres ».


Si vous connaissez mes textes, "J'suis madame contretemps" que j'ai écrit bien avant de découvrir le syndrôme d'Asperger, ne parle que de ça…

Et je me rends compte maintenant que mes textes parlent beaucoup de tout ça…… Ecoutez l’album « Être·s »… vous verrez.


« L’Art d’être Soi », ma quête, est née de ce décalage initial dans ma vie.


Et mon engagement à retrouver l’être profond vient de cette dysharmonie à vivre pour quelque chose que ce que je n’étais pas.



Pourquoi je vous parle de ça aujourd'hui? Parce que j'ai assisté (et pris la parole) lors de la conférence organisée, par la Marie de Toulouse et les organisations régionales concernées par l’autisme, hier: "Et si nous donnions la parole aux autistes ?" et cela est venu réveiller en moi toutes les blessures liées aux maltraitances subies dans ma vie et que je n'avais même pas identifiées comme telles tant j'étais ignorantes des us et coutumes des habitants de cette planète.



Mieux se connaitre et se faire connaitre

Je vais donc m'attacher dorénavant à mieux faire connaitre ce syndrome, à témoigner, voire à donner des conseils, aux personnes qui vivent la même chose que celle que j'ai vécues ces 48 dernières années et à celles qui s’y intéressent.

Une volonté de témoigner

Je lance un appel à l'élu en charge de la santé à la mairie de Toulouse, Mr Laurent Lesgourgues, et à toutes les organisations présentes samedi, le CRA, Autisme 31 et Sésame autisme, pour mettre en place une conférence-débat ensemble, prochainement à ce sujet afin de pouvoir transmettre ce que j’ai compris aux personnes concernées. Si cela pouvait servir.


Bien à vous


Christine/Chris TAAL

www.chris-taal.com

27 janvier 2019

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